Je suis toujours particulièrement heureuse de pouvoir mettre en avant les femmes dans le milieu musical et c’est donc avec un grand plaisir que je réalise cette première interview féminine.

Esther Brulard, beatmaker, femme

Bonjour Esther, comment préfères-tu que je t’appelle ? Lyz Evans, pourquoi ce nom et comment l’as-tu choisi ?

Tu peux m’appeler par mon vrai nom. Bien que ça « tape » moins artistiquement parlant.
Mon pseudo Lyz Evans n’était pas le premier que j’ai eu, c’était à l’origine Keem J (prononcé Kim).
Quand je suis rentrée à la Sacem, cette dernière m’a adressé un courrier signifiant la non acceptation de mon pseudo.
Quelqu’un d’autre de leur catalogue l’avait déjà! J’ai alors entamé une recherche pour trouver quelque chose qui sonnait, et en même temps qui pourrait me permettre d’émerger en tant qu’artiste dans les moteurs de recherche internet.
Pas question d’être la cinquantième sur la liste à cause d’homonymes, qui plus est, rattachés au monde musical.
Et pas non plus question de recevoir un nouveau courrier de la Sacem. Lyz Evans, à mon sens, est le bon compromis entre une consonance esthétique et des résultats non décevants pour le web.

Je fus très surprise d’apprendre que tu fus artiste avant d’être Beatmaker, peux-tu nous en dire quelques mots ?

A la base je suis interprète. J’avais naturellement une très belle voix, j’ai donc voulu créer mon album.
A l’époque je ne connaissais rien de la MAO (musique assistée par ordinateur), toutes mes chansons du moment ont donc été écrites d’abord sur partition. J’ai trouvé un studio et enregistré un premier titre. Puis les difficultés de la vie m’ont coupé dans mon élan.
Mon corps a fait une mauvaise réaction à la tension, et tout mon appareil respiratoire a été touché. Aujourd’hui je suis en rhinite et sinusite chronique, je suis asthmatique.
Une grande partie de ma capacité vocale s’en est allée, malgré les nombreux soins prodigués pour retrouver ma santé d’avant, les cures thermales et opérations devenues nécessaires.
Mon projet d’interprète solo est tombé à l’eau de par l’inconstance de ma voix qui ne me permet plus maintenant d’envisager des lives.
Et selon moi, un artiste doit être capable de délivrer des lives de qualité.

Comment as-tu vécu cette obligation d’arrêter ? Où as-tu puisé cette force pour rebondir et ainsi pouvoir te mettre au beatmaking, MAO ?

En ce qui concerne ma voix, ce fut un deuil à mener, car je perdais une partie de mon identité, un repère.
Une partie de mon être s’en est allée avec elle. Le motif peut paraître futile, mais cela m’a conduit à six mois de dépression.
Donc, j’ai très mal vécu le fait de voir d’autres artistes utiliser tranquillement leurs cordes vocales. Les quelques fois où j’ai essayé de regarder The Voice, par exemple, étaient des moments qui me renvoyaient à ma propre incapacité.
J’étais systématiquement peinée. Mais je continuais d’avoir toute sorte de musiques et mélodies en tête.
En même temps, quand j’étais allée en studio pour mon premier titre, j’avais beaucoup aimé ce nouvel univers et l’ambiance qui s’en dégageait.
Quelques années après cette expérience, j’ai pris un séquenceur, des cours de mixage chez un ingénieur son, et j’ai commencé à produire tout ce qui me venait à l’esprit.
Et avec le temps, j’ai complètement enterré cette envie d’interpréter un projet personnel, je suis à l’aise avec ça maintenant.
J’ai de « beaux restes » qui me permettent de faire des voix témoins pour d’autres interprètes les jours où ça va, et les jours où vocalement ça va moins, je fais plusieurs prises jusqu’à ce que j’y arrive.

Une femme dans ce domaine, c’est peu commun. A-t-il été compliqué pour toi de te faire ta place ? Penses-tu que c’est plus difficile pour une femme que pour un homme ?

Pour ma part cela ne m’a pas semblé compliqué de me faire ma place, même si les femmes compositrices/arrangeuses/beatmaker c’est rare.
J’ai eu la chance de ne me frotter à aucune méchanceté machiste.
Bon, certains étaient persuadés que j’étais un homme quand ils m’ont contacté, donc régulièrement, j’ai eu droit à des « bro », « le zin », « frérot » ou encore « ah mais en fait t’es une fille? », dans les messages que je recevais.
Je pense que c’est dans le conscient (ou l’inconscient?) collectif, que le Beatmaker est un homme.
Même dans la composition au sens large, c’est moins marqué, mais c’est là aussi.
Après, ce n’est rien d’alarmant ni de discriminatoire à mon sens, les gens expriment une surprise, simplement.
Peut-être est-ce une indication qu’il y a une place laissée aux femmes dans ce milieu, une acceptation ?
Je vois de plus en plus de femmes s’investir dans la MAO, les temps changent doucement.

Hip-hop, mix, mastering

Qu’est-ce-qui te plait exactement dans le beatmaking ?

Le fait d’avoir une idée et de la voir prendre vie et devenir de plus en plus belle et aboutie, c’est ce qui me plait.
De voir les artistes interprètes défendre les couleurs de ta création et recevoir une certaine reconnaissance des auditeurs est très porteur aussi.

As-tu un style défini ou qui te fait plus vibrer pour composer ?

Je suis éclectique musicalement. Ce qui me pousse plus loin que les frontières du beatmaking, et fait de moi une arrangeuse au sens large.
On me dit souvent que j’ai ma « patte » pour la composition, malgré qu’elle soit diverse.
Je m’attaque à presque tout, mais j’ai moins d’affinités avec le reggae et la musique afro, deux courants pourtant à la mode et ayant leurs adeptes, mais pour lesquels je n’ai rien produit. Cependant si on me demandait d’en faire, et bien je m’y mettrai.

Il me semble que tu composes aussi pour d’autres artistes, interprètes ? N’est ce pas trop frustrant suite à ton parcours ?

Oui je compose pour d’autres artistes maintenant.
Ce n’est plus frustrant, j’ai fait le deuil, comme dit précédemment, de mes anciens projets.
Je suis très heureuse chaque fois qu’un artiste est satisfait d’un titre que j’ai créé ou arrangé pour lui.
En ce moment je finis un album de variété française pour une artiste locale, j’en ai un autre bien avancé pour un artiste marseillais dans un style pop/rock. J’en fais également un pour un auteur dans le style variété française, et je monte un ep dans le style pop orientale pour un artiste du Nord.
J’ai aussi un single variété française pour un de mes artistes habituels en cours.

Vis-tu du Beatmaking ? Est-ce ton activité principale ?

La prod n’est pas mon activité principale, et n’est pas vouée à le devenir.
Actuellement, j’étudie pour obtenir mon diplôme informatique.
J’ai plutôt tendance donc à réduire le temps alloué à faire des titres pour privilégier cet apprentissage.
Pour le moment je refuse les nouvelles personnes qui me demandent du sur mesure, et cela va être ma ligne de conduite sur une dizaine de mois.
Mais je ne me vois pas passer la musique à la trappe à tout jamais, j’ai ça en moi.
Je pense reprendre de nouveaux projets et ré-ouvrir mon catalogue aux autres une fois cette période passée.
Même si je me dédiais complètement à la production, je ne pourrais gagner ma vie avec qu’en étant plus rentable au niveau du temps passé par chanson. Etant très minutieuse, et je prends le temps pour trouver ce qui me semble être le mieux.
J’ai horreur de travailler dans l’urgence, ça conduit souvent à  bâcler. Je travaille façon orfèvrerie, et non usine, avec l’idée, à chaque fois de faire du son que je vais bosser, une pépite.
L’autre solution pour que je sois bénéficiaire un jour, serait que je fixe des tarifs élevés à mes prestations, donc peu accessibles à tous.

Comment gères-tu ta promo avec toutes ces activités ? et, as-tu des projets importants à venir ?

La promo m’a demandé du temps au début, et maintenant elle m’en prend beaucoup moins. La moitié du temps, les interprètes viennent à moi, ou quelqu’un me les envoie, et je fais de la communication assez modérément.
Le relationnel et les différents projets réalisés se chargent de ta pub.
J’ai un Facebook qui est optimisé pour la com, avec peu d’efforts elle est donc efficace.
Actuellement je n’ai pas de projets spéciaux à venir. Juste des aspirations…
Peut-être un séminaire pour les artistes interprètes, afin de leur donner les clés pour faire de bonnes prises de sons vocales depuis chez eux, avec un investissement minimum sur du matériel basique.
Et, pour ceux qui le veulent, de pouvoir les traiter pour produire des démos sympas à partir d’instrumentales déjà prêtes.
Ce ne sera pas de la qualité pro puisqu’on part d’un mp3 en piste unique pour la bande son, mais ça peut considérablement améliorer le rendu des démonstrations d’interprète que j’entends. Les aider à être pris plus au sérieux par le monde professionnel.
Peut-être que cela pourrait même leur permettre d’économiser sur les enregistrements vocaux en studio.
Je ne vais pas me faire des amis dans la profession, mais il y en a qui ne peuvent pas s’offrir le studio tout le temps, et donc qui y gagneraient.

Pour finir, sur quels réseaux peut-on te retrouver ?

Je ne fonctionne qu’avec Facebook. J’ai du mal à me faire aux réseaux sociaux plus basés sur le visuel, comme Instagram par exemple.
J’ai besoin de plus de communication que ce qu’ils apportent, à mon sens.
Voici donc mon facebook pour me contacter: Esther Brulard

Je te remercie Esther, et je te souhaite bonne continuation et réussite dans l’obtention dans ton diplôme en informatique 🙂

3 Comments on “Esther Brulard alias Liz Evans, une femme Beatmaker expérimentée

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